Refuser les remises à la rue : Rencontres tsiganes soutient la position du SIAO 13
- il y a 2 jours
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Les services de l’État ont récemment demandé au SIAO 13 de mettre fin à la prise en charge hôtelière de plusieurs ménages hébergés dans le cadre du dispositif d’urgence du 115, sans qu’une solution alternative d’hébergement ou de logement leur soit proposée.
Face à cette demande, le SIAO 13 a refusé d’organiser leur remise à la rue.
L’association Rencontres tsiganes tient à exprimer son plein soutien à cette décision, à la fois courageuse, responsable et fidèle aux principes fondamentaux de l’action sociale.
De la rue vers le logement, et non l’inverse
Le rôle du SIAO est d’accompagner les personnes sans domicile vers une solution stable. Il n’est pas de participer à leur retour à la rue lorsque les pouvoirs publics ne parviennent pas à proposer suffisamment de places d’hébergement ou de logements.
Le Code de l’action sociale et des familles prévoit que toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale doit pouvoir accéder à un dispositif d’hébergement d’urgence. Il pose également un principe de continuité de l’accueil : une personne hébergée doit pouvoir le rester jusqu’à ce qu’une orientation adaptée vers une structure stable, un logement ou une solution de soins lui soit proposée.
Remettre des familles à la rue sans leur proposer de solution alternative constitue une décision illégale, contraire au principe de continuité de l’hébergement prévu par la loi. Elle entraîne en outre une rupture de prise en charge dont les conséquences humaines peuvent être considérables.
Une décision qui rejoint pleinement les engagements de Rencontres tsiganes
Depuis sa création, Rencontres tsiganes agit contre les discriminations et les dénis de droits dont sont victimes les personnes tsiganes, roms et gens du voyage. L’association œuvre notamment pour faire connaître et appliquer les lois, lutter contre les expulsions sans solution et contribuer à l’accès des familles à un logement pérenne et adapté.
Notre expérience de terrain nous a appris que les expulsions, les évacuations et les ruptures d’hébergement ne sont jamais de simples opérations administratives.
Elles désorganisent la scolarité des enfants, interrompent les démarches de santé et d’accès aux droits, fragilisent les parcours professionnels et éloignent encore davantage les personnes des institutions censées les accompagner. Elles aggravent la précarité au lieu de la résoudre.
Les familles vivant en squat, en bidonville ou dans des formes d’habitat très précaire sont particulièrement exposées à cette succession d’évacuations, de mises à l’abri temporaires et de retours à la rue. Défendre la continuité de l’hébergement, c’est donc défendre très concrètement la dignité des personnes, la stabilité des familles et l’effectivité de leurs droits.
Cette position résonne d’autant plus fortement pour Rencontres tsiganes que les associations qui assurent au quotidien ce travail de médiation, d’accompagnement et de défense des droits sont elles-mêmes fragilisées.
Rencontres tsiganes s’est ainsi vu refuser le renouvellement de son poste d’adulte-relais, sans même obtenir de réponse à ses demandes d’entretien avec les services concernés. Cette décision a contraint l’association, depuis janvier 2026, à réduire drastiquement ses activités et ses possibilités de soutien aux personnes vivant en situation de grande précarité.
Cette situation illustre une contradiction profonde : on ne peut pas affirmer vouloir lutter contre l’exclusion, favoriser l’accès aux droits et prévenir les ruptures de parcours, tout en privant les associations de terrain des moyens humains indispensables pour agir.
Soutenir aujourd’hui le SIAO 13, c’est ainsi défendre un principe auquel Rencontres tsiganes est profondément attachée : les droits fondamentaux ne peuvent pas devenir une variable d’ajustement budgétaire ou administrative.
Le courage de ne pas exécuter l’inacceptable
Les structures sociales sont trop souvent placées dans une situation impossible : répondre à une détresse humaine croissante avec des moyens insuffisants, puis assumer les conséquences de décisions prises ailleurs.
Dans ce contexte, le refus exprimé par le SIAO 13 est un acte professionnel et politique au sens le plus exigeant du terme. Il rappelle que les institutions et les associations du secteur social ne peuvent être transformées en opérateurs de remise à la rue.
Ce refus ne nie pas les difficultés auxquelles est confronté le dispositif d’hébergement d’urgence. Il les rend visibles et oblige les pouvoirs publics à regarder le véritable problème : le manque de places, l’insuffisance des solutions de logement durable et l’incapacité persistante à garantir effectivement les droits reconnus par la loi.
Le SIAO 13 rappelle ainsi une évidence qu’il faut pourtant sans cesse réaffirmer : sa mission est d’accompagner les ménages de la rue vers le logement, et non du logement vers la rue.
Rencontres tsiganes appelle à une réponse digne et durable
Rencontres tsiganes demande que les ménages concernés puissent rester hébergés jusqu’à ce qu’une solution adaptée leur soit effectivement proposée.
Nous appelons également les services de l’État à garantir au SIAO 13, aux structures d’hébergement et aux associations qui accompagnent les personnes sans abri ou vivant en bidonville, en squat ou dans toute autre forme d’habitat précaire les moyens nécessaires pour remplir leurs missions.
Ces acteurs ne doivent pas être contraints de choisir entre l’obéissance administrative, le respect de la loi et la protection des personnes.
Nous appelons enfin à assurer aux associations de terrain des financements suffisamment stables et pérennes pour leur permettre de poursuivre leurs missions de médiation, d’accompagnement, de défense des droits et de lutte contre les discriminations.
L’hébergement d’urgence ne peut pas être réduit à une gestion comptable de nuitées. Derrière chaque décision se trouvent des personnes, des enfants, des parcours et des droits.
Refuser de remettre des familles à la rue n’est pas une faveur qui leur serait accordée. C’est respecter la loi, la dignité humaine et le sens même de l’action sociale.
Rencontres tsiganes apporte tout son soutien au SIAO 13 et aux organisations qui se mobilisent à ses côtés.



